Le coin de l’arbitre
James Tansey, président de Offsetters, ancien commissaire à l’éthique commercial de l’Université de Colombie-Britannique et directeur du Centre de l’innovation de la même université, m’a parlé durant le One Tank Rocky Hockey Challenge.
Andrew Macdonald : Ce trajet, c’est votre plus long?
JT : Non, une fois j’ai conduit pendant 22 heures
AM : On a fait la moitié du chemin vers Calgary. Quelles sont vos impressions jusqu’à maintenant?
JT : Si les gars veulent voir le match ce soir, il va falloir limiter le nombre d’arrêts pour faire le plein de… hamburgers. C’est toutes les deux heures!
AM : En s’arrêtant tout le temps on va consommer plus de carburant?
JT : Eh bien, oui, mais je pensais plutôt au temps qui nous reste pour nous rendre jusqu’à Vancouver. Mais, vous avez raison, les arrêts répétés font qu’on consomme plus de carburant que pour un trajet continu.
AM : Les hamburgers vont augmenter notre consommation…
JT : Pour le consommateur, c’est important. Non seulement nous nous arrêtons souvent, mais nous transportons six personnes et leurs bagages. Ce scénario est beaucoup plus réaliste que celui des tests gouvernementaux d’économie de carburant. Je crois que les gens vont apprécier. Les consommateurs veulent voir les vrais chiffres, pas des résultats de laboratoire.
AM : Alors, dites-moi, vous avez pris l’avion jusqu’à Calgary pour vous joindre au One-tank Ride Across the Rockies et à des amateurs de char qui veulent se rendre à un match de hockey. Mais vous n’êtes même pas un fan de hockey!
JT : Écoutez, on me demande tout le temps si on devrait acheter une hybride ou une diesel propre et je réponds toujours « Oui ». Parce que les deux sont préférables à une voiture ordinaire. Alors, je fais la promotion des autres modes de transport personnel. Participer au trajet d’aujourd’hui me permet de jouer l’arbitre et de valider les données, c’est-à-dire la quantité de carburant consommé. Sinon, qui pourrait croire une gang de concessionnaires automobiles? ![]()
AM : Mais quel genre de match êtes-vous vraiment en train d’arbitrer?
JT : Je crois que pour changer nos habitudes, il faut sortir des laboratoires et démontrer ce qui est possible de faire dès maintenant. Il faut changer les mentalités, et oublier un système enraciné avec lequel nous vivons depuis des décennies, un système de transport terriblement inefficace. Je crois qu’il faut agir vite et capter l’attention des consommateurs.
AM : Vous avez dit qu’il faut sortir des labos…
JT : Oui. Ceux qui œuvrent pour développer des modes de transport durables, pour trouver de nouvelles idées favorisant une économie plus propre qui produit moins de carbone, ces gens-là doivent sortir des labos. Comme ceux qui ont organisé l’activité d’aujourd’hui. On appelle d’ailleurs les professionnels qui se consacrent à de telles activités des agents de changement. Ils sont issus de tous les domaines. Les concessionnaires VW qui ont organisé le défi d’aujourd’hui sont des agents de changement.
AM : Mais, un trajet dans les Rocheuses, qu’est-ce que ça peut bien changer?
JT : À l’échelle de la planète, pas grand-chose. Mais multipliez cet effort par des milliers, et l’effet est cumulatif.
AM : L’effet?
JT : Le CO2. Les GES, les gaz à effet de serre. Nous sommes actuellement à mi-chemin entre Calgary et Vancouver. L’ordinateur de bord affiche une consommation de 4,9 L / 100 km. C’est environ la moitié de la consommation d’une voiture moyenne d’aujourd’hui. Si nous parvenons à convaincre les gens de conduire des voitures de cette efficacité, nous pourrons diminuer notre production de CO2 de presque moitié.
AM : Quand on parle de réduction de CO2, n’est-ce pas vraiment d’économie de carburant dont on veut parler?
JT : Oui et non. Oui, parce que si on brûle moins de carburant, on produit moins de CO2, et non, parce que nous devons toujours redoubler d’effort pour réduire notre consommation de combustibles fossiles. Un moyen d’atteindre ce but est de remplacer les combustibles fossiles par un carburant de rechange propre. Nous avons fait le plein avec un tel carburant dans cette voiture. À Calgary, nous avons pris du B5, dont le 5 % de biodiesel remplace le carburant ordinaire. Il s’agit donc d’une réduction immédiate du CO2 produite par notre activité.
AM : Alors, comme ça, nous avons compensé notre production de carbone.
JT : Vous voulez parler de compensation tout de suite?
AM : Un peu plus tard. Les gars derrière viennent d’envoyer un texto pour demander si on veut arrêter prendre un burger.
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