Interview avec Curtis Mearns: Deuxième partie – la qualité des biodiesels

novembre 25, 2008 -- Filed under Le Diesel propre, Mon impact by Andrew Macdonald

Curtis Mears est chef de la direction de Cascadia Biofuels (site en anglais). Il s’est gentiment prêté à une entrevue avec Parlons TDI. Voici la deuxième partie d’une série de trois qui relate cette rencontre. Vous pouvez lire la première ici.

Andrew : Y a-t-il une instance réglementaire qui régit les paramètres de qualité de ces nouveaux carburants?

Curtis : Tous les promoteurs de l’industrie travaillent de concert afin d’établir une norme ASTM pour les biodiesels. De nouvelles normes ont été dévoilées récemment, et on peut les trouver ici (PDF en anglais).

Au Canada, l’Office des normes générales du Canada est le pendant de l’ASTM et, dans l’ensemble, il adhère aux normes de cet organisme américain. Les produits doivent respecter les normes ASTM pour être conformes à la loi. De plus, Environnement Canada procède à des vérifications périodiques pour s’assurer qu’ils sont conformes.

A : On entend parfois dire que des gens peuvent fabriquer leur propre carburant ou que quelqu’un sait comment filtrer de l’huile de cuisson. En tant que conducteur d’un véhicule diesel, comment puis-je être assuré que le biodiesel que j’utilise n’endommagera pas mon moteur?

C : C’est exact. Il y a de nombreuses personnes qui concoctent divers types d’huiles « maison » ou huiles végétales brutes (HVB). Ces huiles NE SONT PAS conformes aux exigences de l’ASTM et ne peuvent donc être légalement vendues en tant que carburants conformes aux normes. Il va de soi que leur utilisation annule toutes les garanties du fabricant.

Vous n’avez qu’à demander à votre fournisseur un certificat d’analyse (CdA) afin de vous assurer que le produit satisfait aux normes ASTM. Si celui-ci ne peut vous fournir un CdA, alors vous courez des risques.

A : On entend sans cesse parler de carburants de première et de deuxième génération. Quelle est la différence entre les deux?

C : Les biocarburants de première génération sont les biocarburants fabriqués à partir de sucre, d’amidon, d’huile végétale ou de gras animal, à l’aide d’une technologie conventionnelle. Certaines de ces matières premières sont en concurrence directe avec la chaîne alimentaire des animaux et des humains et, étant donné qu’à l’échelle mondiale, on a accru la production de ces produits, cela a soulevé de nombreuses critiques en raison des hausses de prix et des privations qu’elles ont entraînées au sein de certaines populations. On devra donc reconsidérer, dans une perspective plus humanitaire, l’utilisation de matières premières qu’on retrouve comme aliments de base dans des populations moins bien nanties.

Dans un proche avenir, la transformation des déchets de la biomasse en carburant liquide deviendra réalité. Ainsi, les problèmes associés aux biocarburants de première génération seront résolus et l’on pourra alors passer aux biocarburants de deuxième génération.

Les biocarburants de deuxième génération font référence à la technologie qui transforme la biomasse en biocarburants liquides, sans qu’on ait recours à des plantes vivrières pour les produire. Ainsi, dans sa stratégie de bioénergie, la Colombie-Britannique utilise des déchets de la biomasse comme le dendroctone du pin dans les régions forestières, la paille, les brindilles et autres résidus du secteur agricole, ainsi que les déchets urbains solides.

La stratégie de cette province promet d’utiliser des déchets de la biomasse qui posent problème et qui autrement, seraient difficiles à traiter. Ce gouvernement s’engage à adopter une technologie qui convertira l’énergie contenue dans la biomasse en une énergie de qualité supérieure, et qu’on pourra retrouver sous forme liquide ou électrique.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur ce site (site en anglais).

A : La qualité des biocarburants soulève quelques inquiétudes par rapport aux nouveaux moteurs au diesel propre qui ont fait leur apparition sur le marché cette année. La plupart de ces appréhensions ont trait à l’humidité ou à la teneur en eau du carburant. Pouvez-vous nous en dire davantage à ce sujet?

C : La teneur en eau est un problème pour les carburants. Les règles de l’art stipulent que les réservoirs d’entreposage doivent être munis d’un filtre dessicateur. Dans le cas d’un problème d’humidité, vérifiez auprès de votre fournisseur.

A : Peut-on ainsi utiliser un carburant biodiesel dans des moteurs fabriqués avant 2008?

C : Oui. Tous les moteurs diesel peuvent utiliser des biodiesels sans qu’aucune modification ne soit nécessaire.

A : Est-ce vrai que le biodiesel est meilleur pour mon vieux véhicule au diesel? Il s’agirait d’une question de pouvoir lubrifiant?

C : C’est vrai, le diesel à teneur ultrafaible en soufre (ULSD), est un carburant très sec. Anciennement, le diesel à forte teneur en soufre offrait aussi un bon pouvoir lubrifiant, mais en supprimant le soufre pour respecter les limites d’émissions, on a aussi supprimé le pouvoir lubrifiant, aussi appelé onctuosité. Le biodiesel constitue donc un excellent moyen de rétablir l’onctuosité dans le moteur et de prolonger ainsi sa durée de vie.

A : Merci, Curtis. Nous poursuivrons cette discussion dans un troisième billet, qui traitera du futur du biodiesel.




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